Une chandelle pour elles

Le 6 décembre 1989, Marc Lépine s’introduisait dans un cours de génie mécanique, à l’école Polytechnique de Montréal, et demanda aux hommes et aux femmes de se séparer en deux groupes. Nous connaissons tous la suite horrible des évènements.

Le 6 décembre est ainsi devenu la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Il y aura toujours un avant et un après au drame de la Polytechnique. Cet évènement a profondément marqué le Québec et aura mis de l’avant tout le travail qu’il reste à faire en tant que société afin de réduire le clivage entre les droits des hommes et les droits des femmes.

Chez Merkur, cette journée est toujours chargée d’émotion. Elle nous touche directement et c’est une blessure qui est encore bien présente. L’ingénierie est un domaine passionnant, riche en défis et nous sommes choyés d’avoir, dans nos équipes, des femmes ingénieures intelligentes, expertes et dont les compétences permettent notre rayonnement.

Dans cet article, nous avons rencontré 4 Merkuriennes ingénieures afin de discuter des impacts de cette tragédie sur leur parcours.

 

Comment avez-vous vécu cette journée, quels sont vos souvenirs associés au drame ?

France : Cet événement a eu de grandes répercussions dans ma vie. J’étais en 5e année et je me souviens exactement du moment où nous avons appris la nouvelle à la télévision. Je revois mon père se tenir la tête entre les deux mains et mes deux sœurs plus âgées pleurer et serrer ma mère dans leurs bras. Je me souviens de l’incompréhension totale quand nous avons su que les cibles étaient des femmes. Mon enseignante a perdu sa nièce dans la tragédie et elle nous faisait souvent mention de sa fierté envers celle-ci qui étudiait pour devenir ingénieure, j’avais l’impression de la connaitre, ce fut tout un choc.

Martine : J’étais aux études à Sherbrooke et mon conjoint était aux études à la Polytechnique. Nous ne possédions pas de cellulaire à l’époque, alors j’étais dans l’attente de son appel tout en regardant les nouvelles qui nous donnaient l’information au compte-gouttes, c’était très stressant. Mourir parce que tu es née femme. Mourir parce que tu exerceras une profession majoritairement masculine. C’est inconcevable maintenant et même il y a 30 ou 100 ans.

Geneviève : J’avais 8 ans et les nouvelles jouaient à la télévision. Quand on a su, j’ai tout de suite identifié l’endroit puisque c’est là que mon père avait complété ses études en génie. Ma mère a dû me rassurer en m’expliquant que mon père n’était pas sur les lieux. J’ai peu de souvenirs de ceci durant le reste de mon enfance, mais ça a refait surface sans que je m’y attende lorsque je visitais les écoles de génie potentielles et que je suis entrée à la Poly. Ça m’a frappée d’un coup et j’ai ressenti un mélange de tristesse, de panique et de peur. J’ai décidé de ne pas m’y inscrire, même si mon père et mon frère y ont effectué leur formation.

Kim : Le 6 décembre 1989, j’avais 7 ans. À ce moment, je ne savais pas du tout que j’irais dans ce domaine. Cependant, je me rappelle encore cette tragédie comme si c’était hier. Quatorze femmes sont décédées aux mains d’un homme qui voulait soi-disant « combattre le féminisme ». Comme ces femmes allaient devenir ingénieures, elles incarnaient le mal selon les valeurs misogynes de Marc Lépine.

 

Comment cette tragédie a-t-elle influencé votre vie personnelle ou professionnelle ?

France : Chez nous, chaque 6 décembre, ma mère allumait une chandelle en disant « pour elles » et quand j’ai été embauchée chez Merkur, j’ai fait la même chose et une collègue m’a tout simplement dit « pour elles ? » et ça m’a bouleversé. J’ai continué cette tradition et maintenant j’en parle à mes filles. Ça m’a choquée, ça m’a marquée, ça m’a troublée et ça continue de le faire.

J’ai souvenir d’une fois dans un cours à l’université de Sherbrooke, des personnes ont frappé aux portes de l’amphithéâtre de manière agressive et cela avait causé une petite panique générale. Le professeur nous a dit « Relaxez, on n’est pas à la Poly ici », j’avais trouvé ce commentaire tellement déplacé que certains étudiants, et moi-même, ont pris la décision de quitter le cours. C’est une blessure encore vive pour moi.

Martine : Vivant au Québec dans une civilisation évoluée, c’est l’incompréhension la plus totale encore à ce jour pour moi. Bien que cela m’ait grandement bouleversée, je considère que j’ai pu en tirer du positif. Je suis fière d’être une femme et d’exercer le plus beau métier à mes yeux. Je suis fière d’encourager les jeunes femmes à oser prendre leur place. La force d’une équipe est dans sa diversité et c’est une valeur à laquelle je tiens beaucoup. L’éducation et le droit de travailler ne doit pas avoir de sexe, de nationalité prédéterminée.

Geneviève : Encore aujourd’hui, je me sens dépassée par la situation. Je ne peux pas concevoir qu’on considère qu’une femme n’ait pas sa place en ingénierie et surtout qu’elle en paie le prix de sa vie. Je me souviens que ma mère m’avait dit que la cible était des femmes et déjà du haut de mes 8 ans je trouvais ceci aberrant. Je ressens une profonde tristesse pour toutes les femmes des professions typiquement masculines qui reçoivent encore aujourd’hui des commentaires désobligeants. Je nous trouve chanceuses chez Merkur de ne pas vivre cette discrimination. C’est plutôt le contraire qu’on vit ici puisque notre contribution est souhaitée et mise en valeur.

Dans la société en général, il faut certainement travailler plus fort que les hommes pour avoir les mêmes opportunités d’avancement que ceux-ci. Au Québec en particulier, il reste beaucoup de chemin à faire pour qu’il y ait autant d’ouvertures dans des postes de direction pour les femmes, mais je sens qu’on va dans la bonne direction. Chez Merkur, je n’ai cependant jamais ressenti qu’il y avait une chasse gardée ni même un « boys club », heureusement. Dans mon entourage, il n’y a pas beaucoup de femmes qui ont mon âge et mes années d’expérience qui ont un poste de direction, c’est une force ici. Chez Merkur, nous avons un ratio de femmes équivalent au ratio de celles qui ont graduées en génie l’année passée.

Kim : Cet événement était très triste, mais je crois qu’il a ouvert des portes pour les femmes en ingénierie. Ces femmes ne voulaient pas accaparer le droit des hommes comme le pensait Marc Lépine, elles désiraient seulement prendre leur place et de la place, il y en a pour tous dans ce domaine. De plus, ce drame a fait avancer le Québec en matière de sensibilisation relativement à la violence à l’égard des femmes. Il y a eu beaucoup d’évolution durant ces 31 dernières années et je crois que cet évènement en est pour beaucoup. Bien sûr nous avons encore des commentaires déplaisants du genre « Ingénierie ce n’est pas la place des femmes ». J’ai terminé mon bac en 2006 et j’ai eu droit à ces commentaires. Dans mon travail, je dirais que je n’ai jamais ressenti que je n’avais pas ma place. Cependant, je crois que les employeurs sont plus frileux à donner des postes importants aux femmes. Cela dit, ce n’est vraiment pas le cas chez Merkur.

En cette journée commémorative de la tuerie de la Polytechnique, il est impératif, encore aujourd’hui de renforcer l’impact positif des femmes sur le marché du travail et plus spécifiquement en ingénierie. Les Merkuriennes sont une richesse pour notre entreprise et c’est en les élevant que l’entreprise rayonne.

En terminant, voici les noms des 14 femmes qui n’ont, tragiquement, jamais pu s’accomplir en tant que professionnelles.

 

 

Geneviève Bergeron (21 ans), génie mécanique.
Hélène Colgan (23 ans), génie mécanique.
Nathalie Croteau (23 ans), génie mécanique.
Barbara Daigneault (22 ans), génie mécanique.
Anne-Marie Edward (21 ans), génie chimique.
Maud Haviernick (29 ans), génie métallurgique.
Barbara Klucznik-Widajewicz (31 ans), sciences infirmières (UdM).
Maryse Laganière (25 ans), employée à la Polytechnique, service des finances.
Maryse Leclair (23 ans), génie métallurgique.
Anne-Marie Lemay (22 ans), génie mécanique.
Sonia Pelletier (28 ans), génie mécanique.
Michèle Richard (21 ans), génie métallurgique.
Annie St-Arneault (23 ans), génie mécanique.
Annie Turcotte (20 ans), génie métallurgique.

 

 

 

 

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